De l'éveil au réel

Neuf années de spiritualité, un burnout et le retour à l’essentiel

Je reprends le clavier pour vous partager un bout de mon cheminement intérieur et surtout, le bilan de ces neuf années passées dans le milieu spirituel, ainsi que la traversée d'un burnout suivi d'une dépression.

Pour les personnes qui sont sur ce même chemin et qui traversent des moments difficiles sans vraiment comprendre d'où cela vient, si vous vous sentez perdus malgré ce chemin merveilleux que représente l'éveil spirituel, prenez une tasse de tisane et installez-vous avec ces quelques lignes.

J'ai la certitude que nous évoluons énormément les uns grâce aux autres, par effet miroir. Et l'une des grandes thérapies qui m'a aidée cette dernière année a été le partage, les discussions, les récits d'expériences, les histoires racontées autour du feu... Ce sont autant de moments où la lumière est venue reprendre sa place en moi et me redonner, lentement, un peu de chaleur et de clarté.

Les histoires que je me racontais ont progressivement changé pour me narrer une autre version de moi-même : initiatrice, intrépide, parfois naïve... bon, grandement naïve, et un peu prétentieuse aussi... mais finalement toujours courageuse et profondément vraie.

Je crois sincèrement que nous vivons une période charnière de l'humanité. Tout s'accélère, les crises se multiplient, certaines vérités longtemps cachées commencent à émerger. La Terre nous secoue et entame, elle aussi, une profonde transformation. Pluton en Verseau, c'est un peu ça. J'ai la sensation que nous sommes entrés dans une époque où chacun est invité à rendre des comptes.

D’ailleurs, je croise énormément de personnes autour de moi qui sont en perte de sens, en perte d'identité, plongées dans un grand brouillard, notamment dans la sphère spirituelle... mais pas seulement. Et au vu de tout ce qui se passe, il n'y a finalement rien d'étonnant.

Le problème, c'est que lorsqu'on a la tête dans le guidon, la seule chose que l'on est capable de voir, c'est le goudron sous nos pieds.

Alors, si vous vous reconnaissez dans cette histoire, puisse-t-elle vous reconnecter à votre flambeau, vous donner le courage de poursuivre votre chemin et la douceur de soutenir chacun de vos pas.


Pour en revenir à mon histoire, j'ai commencé à arpenter cette voie spirituelle en 2017, à la suite d'une initiation au Reiki un peu forcée — je dois bien l'avouer. Elle a déclenché un immense chamboulement et une profonde remise à niveau de la vie que je menais alors. Surtout, elle a mis en lumière l'impact de mon mode de vie.

Cette période a été un véritable raz-de-marée : tristesse, colère, désarroi, impuissance, dégoût, incompréhension...

À cette époque, je menais une vie ultra-urbaine. Je travaillais dans le marketing pour de grosses industries agroalimentaires. J'étais tournée vers la réussite financière, grande consommatrice de cosmétiques et de tout un tas de petits bidules. Je suivais les dernières tendances et j'adorais les bars branchés. Si je devais résumer l'ambition qui m'animait à ce moment-là, ce serait simplement : la fille dans Le Diable s'habille en Prada. Voilà la vie qui me faisait rêver.

Avec cette initiation au Reiki, ce qui a été le plus troublant n'a finalement pas été les expériences mystiques et transcendantes — qui ont pourtant bien eu lieu et qui, d'ailleurs, m'ont fait franchement flipper. Non... Ce qui m'a le plus bouleversée, c'est l'ouverture de conscience qu'elle a provoquée.

Il y a clairement eu un avant et un après. Et surtout, un aller simple vers cette envie profonde de transformer ma manière de vivre.

Dans mon cas, cela n'a pas du tout ressemblé à une envolée glorieuse vers les anges et Bouddha, où tout n'est que lumière... Oh non ! Non, non, non... D'ailleurs, si vous me demandez mon avis, c'est du gros bullshit la plupart du temps.

Pour moi, cela s'est plutôt apparenté à des montagnes russes intergalactiques. Il y a eu de grands moments d'extase, d'euphorie, d'amour, où l'on croit effectivement avoir touché le ciel et son immensité... puis des chutes libres où l'on s'écrabouille lamentablement et où l'on se fait ratatiner la tronche.


Mais alors pourquoi ? Vraiment, pourquoi s'infliger tout ça ?

Eh bien, parce que selon moi, lorsqu'on prend conscience que certaines de nos manières d'agir sont profondément en désaccord avec le monde que l'on souhaite voir émerger, et que l'on est véritablement habité par cette volonté de « faire mieux » et « d'être mieux », il n'y a plus vraiment de retour en arrière possible.

Même si l'on morfle. Même si ce n'est pas facile tous les jours. Même si le chemin est long.

C'est parfois difficile, c'est vrai.

Et pourtant, les jours qui sont doux et lumineux sont, eux, d'une rare beauté. Pas une beauté de surface où l'on s'arrose de compliments et où l'on s'applaudit mutuellement, mais une beauté authentique, née du fait que l'on s'autorise enfin à se montrer tel que l'on est, dans sa lumière comme dans son ombre.

Ce sont des moments difficiles à décrire tant ils sont vrais et profonds. Ils ne sont pas toujours joyeux, mais ils sont authentiques. Et lorsqu'on vit des instants d'une telle qualité, c'est autant de reconnexions que l'on fait avec soi-même. On se sent enrichis de l’intérieur.

Bref, vous voyez un peu le décor de ces dernières années. Un décor parfois un peu lunaire, je vous l'accorde... mais je vous assure que c'est un peu ça.

Puis est arrivée l'apothéose de 2025, une année particulièrement éprouvante, mais aussi d'une immense beauté. J'ai traversé un burnout, suivi d'une période de dépression qui a duré presque un an.

Ce burnout, je ne l'ai clairement pas vu venir. Et je me suis énormément jugée pour cela.

Moi... « Lorie, naturopathe », qui étais censée incarner une certaine référence en matière de santé et de bien-être... Comment avais-je pu en arriver là ? Comment, avec tous les outils et toutes les ressources que j'avais acquis, ne m'étais-je pas rendu compte que j'étais à bout ?

D'ailleurs, c'est ce que j'entendais parfois : « Ah bon ?! Mais t'es pas naturopathe ? » Noooooooon... me voilà démasquée. Et honteuse.

Je vous laisse imaginer le tableau : perte d'identité, perte de sens, sentiment d'imposture, illégitimité... Je suis restée dans ce trou noir béant pendant un bon moment.

Heureusement, la vie est parfois bien faite. Car dans ce grand désarroi, j'ai aussi reçu un merveilleux cadeau. Le cadeau de revenir à l'essentiel. Celui de prendre le temps. Celui de regarder des espaces en moi que je n'avais jamais vraiment pris le temps d'écouter, de nourrir ou de construire.

Ce qui m'a aussi énormément aidée à comprendre ce burnout, c'est de regarder le chemin parcouru.

Passer du Diable s'habille en Prada à une vie « Peace and Love » version hippie, ce n'est pas simplement porter de l'améthyste, faire des tirages de carte ou méditer.

Cela signifiait aussi réduire mon impact environnemental, remettre de la conscience dans ma manière de vivre, dans mes relations, dans ma façon de consommer, d'acheter, de communiquer, dans ma manière de créer... Et bien... tout cela m'a demandé énormément de travail, beaucoup de déconditionnement, beaucoup de détachement, et, très honnêtement, je suis encore loin d'avoir terminé.

Là où ma naïveté a pointé le bout de son nez, c'est que j'ai entrepris cet immense chantier intérieur, à la fois sur le plan spirituel et sur le plan matériel, écologique disons. Et en parallèle, puisque j'étais une badass ambitieuse, volontaire et pleine de bonne volonté, j'ai aussi voulu accompagner les autres. En soi, c'est une intention profondément noble.

Seulement, vouloir accompagner les autres à partir d'espaces en soi qui ne sont pas encore suffisamment intégrés, suffisamment solides ou suffisamment habités... cela demande énormément, énoooooormément d'énergie. Et parfois, cela peut même accentuer certaines failles.

C'est un peu comme vouloir aider quelqu'un à construire sa maison alors que la sienne est encore en plein chantier et qu'elle n'est pas un endroit ressource.

À force, on finit par ne plus savoir où l'on habite. Et, symboliquement, on finit à la rue.

À vouloir toujours aller plus loin, comprendre toujours davantage, régler ce trauma, puis celui-ci, puis celui-là... mon système a fini par lâcher. Ô drame... ô désespoir... Mais qu'est-ce qu'il se passe ?

Bref, je suis restée longtemps à ne voir que mes manques, sans parvenir à reconnaître tout le travail de transformation déjà accompli. Un travail parfois un peu utopique, parfois un peu prétentieux aussi... mais un travail réel malgré tout.

J'ai mis presque une année entière à comprendre cela. Vu de l'extérieur, cela paraît presque évident.

Pourtant, je crois que nous sommes beaucoup plus nombreux et nombreuses qu'on ne le pense à vivre comme des « sauveurs » ou des « sauveuses de l'humanité », persuadés d'avoir une mission de la plus haute importance. Et je crois aussi que nous sommes encore nombreux à rester profondément conditionnés par notre société moderne.

J'observe beaucoup autour de moi une forme de gloutonnerie spirituelle et énergétique.

  • Toujours plus de formations.

  • Toujours plus de soins.

  • Toujours plus de compréhensions.

  • Toujours plus de révélations.

Comme si l'éveil spirituel lui-même pouvait devenir un objet de consommation.

À cela s'ajoute, selon moi, un héritage judéo-chrétien très présent dans notre culture occidentale. Nous avons souvent tendance à regarder chez les autres avant de regarder en nous, à vouloir aider les autres avant de nous aider nous-mêmes, à vouloir corriger les autres avant de commencer par nous transformer nous-mêmes.

Depuis cette période, j'apprends à avancer d'abord pour moi avant de vouloir faire pour les autres. Non pas par égoïsme, mais parce que, pour pouvoir tendre un masque à oxygène à quelqu'un d'autre, je dois d'abord être pleinement capable de respirer.

J'apprends aussi à construire autrement, de manière plus organique, à laisser le temps aux choses de grandir en moi, de maturer, de s'ajuster, et surtout, à attendre le bon moment pour éclore naturellement.

Finalement, mes plus grandes enseignantes ont été la nature... et la vie. Je crois profondément qu'apprendre à vivre au rythme des cycles naturels nous permet de retrouver un rythme plus humain.


C'est là qu'émerge, pour moi, cette notion de spiritualité incarnée

Et j'ai la sensation que c'est un enjeu majeur de notre époque, surtout à l'heure où l'intelligence artificielle prend une place de plus en plus importante dans nos vies.

Je ne sais pas si nous sommes toutes et tous appelés à tendre vers une spiritualité totalement incarnée, c'est-à-dire une spiritualité qui imprègne chaque aspect de notre manière d'habiter ce monde. Pour ma part, j'ai le sentiment que c'est le chemin que j'ai choisi.

  • Peut-être que, pour certains, cela passera par leur manière de communiquer ou d'entrer en relation.

  • Pour d'autres, ce sera leur façon de se nourrir ou de cultiver la terre.

  • Pour d'autres encore, ce sera leur manière de se vêtir, d'éduquer leurs enfants, de prendre soin des autres ou du vivant.

Mais je crois qu'aujourd'hui, il nous est demandé de préciser, de concrétiser et d'incarner ce que nous entendons réellement par « devenir spirituel ».

Peut-on réellement se dire spirituel sur Terre en faisant abstraction de notre existence matérielle, alors que notre survie dépend directement des ressources que cette planète et tous ses habitants nous offrent chaque jour ?

Comme je le disais plus haut, j'ai la sensation qu'aujourd'hui, la vie et la Terre nous invitent à assumer davantage la responsabilité de nos choix passés, mais aussi de notre manière d'incarner cette fameuse spiritualité.

  • On aspire à des relations belles et harmonieuses. Mais sommes-nous réellement vrais avec nous-mêmes ? Continuons-nous à renier certains de nos besoins par peur du conflit ou de l'abandon ?

  • On souhaite accompagner les autres vers une meilleure connaissance d'eux-mêmes. Mais est-ce que nous nous connaissons vraiment ? Connaissons-nous autant nos talents que nos zones d'ombre ?

  • On désire se connecter à l'énergie de la Terre. Mais qu'avons-nous concrètement mis en place cette dernière année pour réduire notre impact sur elle ? ou qu’avons nous planté pour enrichir ses sols que nous utilisons ?

  • On aspire à davantage de paix. Mais comment gérons-nous les conflits dans notre propre vie ? Acceptons-nous de regarder en face le fait que certains de nos achats participent encore à des systèmes d'exploitation humaine ou environnementale à l'autre bout du monde ?

Il n'est pas question de se flageller pour nos manques, ni de se punir. Je crois simplement que la vie nous invite à grandir, à mûrir, à apprendre à nous responsabiliser face à nos choix, à nos directions, à nos actes.

J'ai vraiment le sentiment qu'il nous est demandé d'avancer, oui... mais avec davantage de discernement, de lenteur et de conscience.

Et je suis, bien évidemment, la première concernée par toutes ces questions.

Je n'écris pas ces lignes parce que j'aurais trouvé les réponses, Je les écris parce que je suis encore en train de marcher, parce que je continue à apprendre, parce que je me trompe encore.

Et parce que, malgré tout, je sens que ce chemin me rend chaque jour un peu plus vivante, un peu plus libre et un peu plus profondément reliée à ce qui fait sens pour moi.

Alors, dans tous les cas...je nous souhaite à toutes et à tous un beau chemin de reconstruction, conscient, humble et courageux.

Les Conversations de Lorie

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